L’essor de l’imagerie cérébrale, depuis les années 1990, a profondément renouvelé la compréhension du fonctionnement du cerveau. Trois découvertes majeures des neurosciences cognitives apportent aujourd’hui un éclairage scientifique précieux sur ce que la méthode Vittoz mobilise et permettent de mieux comprendre pourquoi des pratiques aussi simples que la sensation consciente ou la marche attentive produisent des effets durables.
1. Le cerveau se transforme tout au long de la vie : la neuroplasticité
Pendant la majeure partie du XXᵉ siècle, les neurosciences considéraient le cerveau adulte comme une structure figée. Cette vision a été renversée. Le cerveau humain n’est pas un organe figé : tout au long de la vie, il se reconfigure, crée de nouvelles connexions, en abandonne d’autres et, dans certaines régions, produit même de nouveaux neurones. C’est ce que les scientifiques nomment la neuroplasticité. Cette plasticité repose sur plusieurs mécanismes :
👉 La plasticité synaptique : les connexions entre neurones se renforcent ou s’affaiblissent selon leur sollicitation
👉 La synaptogenèse : la création de nouvelles synapses
👉 La neurogenèse : la naissance de nouveaux neurones, observée notamment dans l’hippocampe, région-clé de la mémoire
Le principe directeur de la neuroplasticité a été formulé dès 1949 par le psychologue canadien Donald Hebb : « Les neurones qui s’activent ensemble se connectent ensemble. » Autrement dit, plus une voie neuronale est sollicitée, plus elle se renforce. À l’inverse, les circuits inutilisés s’atténuent au fil du temps.
C’est précisément sur ce principe que repose la méthode Vittoz : la répétition régulière de pratiques sensorielles installe progressivement, dans le cerveau, de nouveaux chemins, ceux de la présence, de l’attention au corps, du contact direct avec la sensation. Ce qui s’expérimente d’abord en séance devient peu à peu une manière d’être au monde.
2. Imaginer une action active les mêmes circuits que la vivre : la simulation mentale
Une deuxième découverte décisive concerne la simulation mentale. Les travaux du neurophysiologiste français Marc Jeannerod et du chercheur Jean Decety, à partir des années 1990, ont démontré un fait étonnant : imaginer une action active des représentations neuronales similaires à celles engagées lors de l’exécution réelle de cette action.
Concrètement, lorsque l’on évoque mentalement une situation vécue, la chaleur du soleil sur la peau, le goût d’un fruit, la sensation d’un pas posé au sol, les circuits cérébraux sollicités sont en grande partie les mêmes que ceux activés au moment de l’expérience réelle. L’imagerie motrice favorise d’ailleurs l’acquisition et la correction de techniques sportives, en sollicitant les réseaux nerveux responsables de l’exécution réelle du mouvement. C’est sur ce principe que repose la préparation mentale des sportifs de haut niveau.
Cette découverte éclaire une pratique centrale de la méthode Vittoz : l’appel d’état. En réactivant consciemment le souvenir d’une sensation agréable, la personne ne fait pas qu’« y penser » : elle réactive les circuits neuronaux associés, y compris ceux du circuit de la récompense qui génèrent un véritable sentiment de bien-être. Et par le jeu de la neuroplasticité, la répétition de cette pratique transforme durablement l’équilibre intérieur.
3. Le cerveau au repos n’est jamais vraiment au repos : le mode par défaut
La troisième découverte est due au neurologue américain Marcus Raichle, qui a identifié en 2001 ce qu’il a nommé le réseau du mode par défaut (default mode network).
Le réseau du mode par défaut désigne un ensemble de régions cérébrales actives lorsqu’un individu n’est pas focalisé sur le monde extérieur, et lorsque le cerveau est au repos, mais actif. Il s’agit notamment du cortex préfrontal médian, du cortex cingulaire postérieur et de certaines régions pariétales.
Ce réseau est surtout connu pour être actif pendant la rêverie et l’errance mentale. Il est associé au traitement des souvenirs autobiographiques, et s’active lorsqu’un individu a des pensées centrées sur lui-même, pense à son propre état émotionnel, se souvient du passé ou planifie l’avenir.
Ce mode est utile : il permet de réfléchir, de planifier, de se souvenir. Mais il a un revers. Lorsqu’il devient dominant, il alimente la rumination, l’inquiétude, le vagabondage incessant des pensées. Les personnes dépressives, ou à risque de dépression, montrent un engagement différentiel de ce réseau auto-référentiel lorsqu’elles laissent librement vagabonder leur esprit. Le mode par défaut consomme par ailleurs énormément d’énergie, ce qui contribue à expliquer la fatigue mentale ressentie par les personnes prises dans la rumination.
Or, des études en neuro-imagerie ont montré que les pratiques attentionnelles centrées sur une perception sensorielle précise apaisent l’activité du réseau par défaut. Les pratiques de réceptivité et d’actes conscients de la méthode Vittoz produisent vraisemblablement un effet comparable : en ramenant l’attention vers la sensation présente, elles désengagent temporairement le mode par défaut et offrent au cerveau un véritable repos actif. Ce qui explique le sentiment de détente, de clarté et de retour à soi que les pratiquants décrivent après une séance.
4. Une convergence éclairante
Ces trois découvertes : neuroplasticité, simulation mentale, mode par défaut, convergent vers une même évidence : les pratiques régulières de présence consciente transforment le cerveau. Roger Vittoz, dès le début du XXᵉ siècle, avait pressenti cette plasticité avant la lettre lorsqu’il évoquait la possibilité de « rééduquer » le fonctionnement cérébral. Les neurosciences contemporaines éclairent aujourd’hui ce que la méthode proposait depuis plus d’un siècle. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter la page consacrée à la recherche scientifique FoVea®.
Bibliographie
Articles scientifiques
📓 HEBB, D. O. (1949). The Organization of Behavior : A Neuropsychological Theory. New York : Wiley
📓 JEANNEROD, M. (2001). Neural simulation of action : A unifying mechanism for motor cognition. NeuroImage, 14(1), S103-S109
📓 RAICHLE, M. E., MACLEOD, A. M., SNYDER, A. Z., POWERS, W. J., GUSNARD, D. A. & SHULMAN, G. L. (2001). A default mode of brain function. Proceedings of the National Academy of Sciences, 98(2), 676-682
Ouvrages et articles de presse
📙 ALEXANDRE, F. (2013). Mon expérience du Vittoz à la lumière des connaissances actuelles en neurosciences DFE Vittoz-IRDC
📙 CYRULNIK, B., BUSTANY, P., ANDRÉ, C. et al. (2012). Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner. Clés – Albin Michel
📙 EPRINCHARD, A. (2010). Cours de neurologie et neurophysiologie [Document de formation interne]. Vittoz-IRDC
📙 GOZLAN, M. (2013, 21 mars). Que fait le cerveau quand il ne fait rien ? Le Monde
📙 JANSSEN, T. (2007). La solution intérieure. Pocket
📙 JANSSEN, T. (2013). Le défi positif. Pocket
📙 JOUVENT, R. (2012). Le cerveau magicien : de la réalité au plaisir psychique. Odile Jacob
📙 SHANKLAND, R. (2012). La psychologie positive. Dunod (coll. « Les Topos »)
