En savoir plus sur l’homme Roger Vittoz

Quelques lignes sur la vie du Docteur Roger Vittoz concepteur d’une méthode de psychothérapie à laquelle il a donné son nom.

Ses parents d’origine Suisse sont allé vivre en Angleterre quelques années au début de leur mariage. Son père est professeur d’histoire et sa mère s’occupe de leur fille née sur place. Puis fuyant les brumes anglaises que le couple supportait mal, ils reviennent en Suisse , à Morges au bord du lac Léman à proximité de Lausanne où ils achètent deux grandes maisons entourées d’un parc pour y recevoir des jeunes gens étrangers.

C’est là que naquirent leurs quatre autres enfants deux filles et deux garçons dont Roger en 1863, qui deviendra médecin et son frère pasteur.

Roger est élève au collège de Morges puis passe son baccalauréat à Lausanne où il s’inscrit à la faculté de médecine. Il poursuit ses études à Genève où il recevra son titre de médecin avec la distinction "summa cum laude  ». Puis il retourne à Lausanne comme chef de clinique dans le service du professeur Mercanton.

Il semblerait qu’après ses deux années d’internat très chargées, il a connu un épisode d’une grosse fatigue physique et nerveuse, actuellement on parlerait de « burn out  », ceci l’a amené à faire des recherches qui ont abouti à sa méthode en expérimentant sur lui un certain nombre d’exercices qu’il proposera ensuite à ses malades.

En 1888 , le docteur Vittoz part exercer à la Brévine petit bourg dans le jura suisse où les hivers sont très rigoureux, pour son premier emploi.. Dans les archives municipales la secrétaire de mairie a trouvé dans le répertoire des comptes rendus des procès verbaux des conseils municipaux en date du 17 septembre 1888 un projet de convention entre la mairie et le docteur Vittoz . Un appel à candidature avait été fait auprès de la faculté de Lausanne pour l’embauche d’un médecin par la commune : 7 candidats s’étaient présentés et c’est le Docteur Vittoz sur la recommandation du Docteur Mercanton qui a été retenu.

Son contrat signé pour un an était reconductible, il a été reconduit jusqu’en 1895, date à laquelle le Docteur Vittoz est parti s’installer à quelques kilomètres de là, aux Verrières … Il était rémunéré par la commune , tous les tarifs des consultations et visites étaient définis( à domicile, la nuit, les actes de chirurgie, les accouchements etc..). Il avait droit à 15 jours de vacances par an à prendre en une ou deux fois. Il logeait dans une grande maison qui faisait pension de famille (cette maison existe toujours et c’est ici que réside la secrétaire de mairie actuelle qui n’avait jamais entendu parler du docteur Vittoz !).

La Brévine était un gros bourg avec une forte activité, notamment grâce à une une source appelée de la Bonne Fontaine exploitée depuis 1848. C’était une eau ferrugineuse très recommandée pour les femmes anémiques qui venaient faire une cure d’au moins une semaine. Elles se rendaient 3 fois par jour à la source pour boire de cette eau ; elles étaient logées soit chez l’habitant, soit à l’hôtel soit dans la pension de famille où logeait le Dr Vittoz !

Nous n’avons pas d’autres précisions sur son activité médicale. Le docteur Vittoz s’est sûrement intéressé à ces femmes anémiques peut être "psychasthéniques" ( actuellement on utilise de préférence le terme de dépressif) et désœuvrées pour leur proposer de faire des actes conscients régulièrement dans la journée, dont la marche consciente pour aller jusqu’à la source distante de 2 km du centre du bourg, et pourquoi pas commencer à élaborer ainsi sa méthode ?

Donc en 1896 il part s’installer à une dizaine de kilomètres de là aux Verrières dont l’accès était plus facile car il y avait une gare..

Le docteur Vittoz en choisissant de s’intéresser au conscient contrairement à Freud qui travaillait sur l’inconscient, et après avoir essayé puis abandonné l’hypnose avec Charcot, a préféré rendre son patient plus actif.

Du coup il a eu à traiter de plus en plus de « psychasthéniques » (personnes en dépression) qui sont venus grossir sa clientèle de médecine générale. Ses succès dans leur prise en charge lui amène une clientèle internationale, si bien qu’on nomme « train vittoz » le rapide venant de Paris !

Devant cette notoriété, un de ses confrères lui conseille de s’installer à Lausanne c’est ce qu’il choisit de faire en 1905. Sa ligne de conduite était : « Il faut apprendre au malade pour quoi il est malade et comment il peut se guérir ».

Cette même année il épouse Jeanne de Lenoncourt à Paris et s’installe avenue des Tilleuls à Lausanne. Pendant 20 ans, Vittoz recevra là un défilé ininterrompu de « nerveux » venus le consulter du monde entier et parallèlement il écrit un livre sur sa méthode à destination des patients. Ce livre sortira en 1910 aux éditions Baillère sous le titre « Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral » qui est toujours édité.

Il travaille beaucoup et quitte ses malades que pour des courts séjours en famille et parfois dans sa maison de campagne situé dans l’Ain. Il paraît qu’il aimait la chasse mais certains disent que c’était plus pour lui un prétexte pour aller se promener en forêt et profiter de la nature ! Il n’est pas impossible de penser que « ses héritiers spirituels » voulaient entretenir la légende d’un homme bon, simple, désintéressé, qui ne collait pas avec l’image du chasseur ou du fumeur !

Il est allé une seule fois en Russie voir son frère installé comme pasteur et il a eu l’opportunité de soigner un membre de la famille impériale ce qui a encore augmenté sa notoriété, mais il a toujours su garder sa simplicité et sa grande proximité avec ses patients.

Il traitera de nombreux patients célèbres comme l’écrivain américain T.S Eliot, le biologiste anglais Sir Julian Huxley, le psychologue et philosophe américain William James… (Cliquez ici pour lire l’article de Patrick Bobichon sur le sujet : « Les patients célèbres du docteur Vittoz » )

Il a pu s’entourer de collaborateurs fidèles pour propager après sa mort, sa méthode qui avait amélioré la vie de tant de personnes d’horizons très différents.

Après avoir connu l’épreuve de la maladie, apparemment un cancer qu’il a su accueillir simplement selon ses recommandations : " veuillez ce qui vous arrive ", il est décédé chez lui à Lausanne la matinée du vendredi 10 avril 1925.

Bibliographie rédigée par Marielle Colombe