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Texte paru dans le bulletin de liaison "Vittoz-Infos" n°1 de décembre 1982 :
La démarche de libération a été au centre des réflexions dans les séminaires d’approfondissement 1982, à Autun et Chalon comme à Molezon.

Il semblait nécessaire, en effet, de réfléchir plus clairement pour mieux formuler, avec le moins d’ambiguïté possible, la 2ème partie de la psychothérapie, c’est-à-dire ce que Vittoz appelle le Traitement psychique - dont la finalité est bien de libérer le champ de conscience des images pathogènes que la vie quotidienne y apporte ou des images parasites qui émergent de l’inconscient. La démarche devient alors accueil et contrôle par le conscient des remontées de l’inconscient, grâce à la psychologie des profondeurs - afin de rétablir et maintenir l’état d’équilibre acquis.

La libération est comme un grand soupir qui nous permet de respirer paisiblement après les efforts de balayage du champ de conscience.

C’est bien plus que ce que représente le terme d’"élimination" employé jusqu’à maintenant pour désigner cette démarche et que nous réservons désormais au dernier geste de l’élimination dans la vie quotidienne.

Si nous reprenons l’analogie avec l’élimination physiologique, nous retrouvons dans la libération, d’abord le lent travail d’élaboration des poisons à rejeter. Ce sont les prises de conscience de nos états douloureux, de nos vécus que les images persistantes, destructrices accompagnent et dont nous aspirons à nous débarrasser. Mais comme pour notre corps, l’évacuation ne deviendra possible que si les organes correspondants fonctionnent normalement ; en 1’occurence si notre cerveau est dans son intégrité, car, dira Vittoz, « on ne peut faire travailler un cerveau qui fonctionne mal ».

Ceci ouvre les deux chemins de la démarche de libération :

-  celui de l’apprentissage des habitudes mentales grâce auxquelles le balayage mental sera efficace ;

-  celui de l’appréciation de la valeur, du rôle, de la charge affective des images parasites qui doivent être évacuées, appréciation qui déterminera et déclenchera 1’habitude mentale correspondante.

L’apprentissage des habitudes mentales se fait grâce à la répétition des exercices de déconcentration, de décentration, d’élimination. Ce sont ceux qui, avec raison, dans la dynamique de la psychothérapie protègent l’état de contrôle, en permettant la libération.

La déconcentration tout d’abord.

Bien des exercices peuvent être utilisés ;

Nous choisirons celui de l’allée d’arbres, que l’on propose de la manière suivante :

Au cours d’une promenade dans un bois, nous arrivons à l’entrée d’une allée d’arbres. Nous nous asseyons sur un banc qui se trouve là, et nous regardons autour de nous.
Nous voyons d’abord les premiers arbres de chaque côté de l’allée : nous distinguons avec netteté et cela nous fait plaisir, les troncs, leur couleur, leur forme, le feuillage, sa couleur.

Au fur et à mesure que nous portons notre regard sur les arbres suivants, la vision est moins nette, les détails disparaissent, si bien que les derniers arbres sont flous, indistincts, cela nous intéresse beaucoup moins.
Nous nous levons et rentrons chez nous.

Que s’est-il passé ?

Au fur et à mesure que la vision s’estompait (se déconcentrait), l’intérêt manifesté au début (affectivité concernée) est allé en s’amenuisant, pour disparaître : la vision de l’allée d’arbres n’était plus importante. C’est ainsi que lorsque nous pouvons apprendre à dire d’un événement, par exemple, « ce n’est pas important », nous arrêtons le processus émotionnel perturbateur, parce que l’habitude mentale acquise dans cet exercice a agi : l’aspect plus ou moins important du début s’amenuise au fur et à mesure que l’image de ce souvenir s’estompe.

Dans la déconcentration, nous apprenons à “donner de moins en moins d’importance” aux choses. Elles ne sortent pas obligatoirement du champ de conscience, mais elles sont devenues inopérantes, sans intérêt. Nous nous en sommes libérés.

Dans les exercices de décentration,

c’est une autre habitude mentale que nous acquérons : nous apprenons à donner à chaque chose l’importance qu’elle a, donc la place qui lui revient dans le champ de conscience.

Voici, parmi d’autres, l’exercice que nous pouvons enchaîner à l’exercice précédent :

Notre promenade nous conduit au bord d’un bassin. Nous heurtons une pierre. Nous la ramassons et la jetons dans l’eau. Elle disparaît, et apparaissent alors à la surface de l’eau des cercles concentriques de plus en plus grands jusqu’au bord du bassin. Puis tout s’apaise. La surface de l’eau est redevenue calme, plate. Notre regard est alors attiré par une belle touffe de nénuphars que nous pouvons admirer longuement.

Le bassin est l’image de notre champ de conscience. La pierre y a été jetée, elle n’a pas été jetée au loin pour nous en débarrasser, nous pouvons la voir, nous pourrions peut-être la reprendre. Mais notre intérêt s’est déplacé : centré sur la pierre d’abord, il s’est ensuite fixé sur les nénuphars. Les deux éléments sont là, chacun à sa place, je suis libre de leur donner l’importance que je veux et de passer de l’un à l’autre.

J’apprends ainsi à aménager, à « planifier » mes émotions grâce à cette deuxième habitude mentale qui permet à mon cerveau de libérer et de moduler conjointement les circuits affectifs.

Nous apprenons à dire « jusque là et pas au-delà » en fonction de la valeur des choses.

Quelle libération du sentiment de culpabilité, des obsessions en particulier,quelle aide précieuse dans l’aménagement de notre ambivalence !

Alors que les exercices de déconcentration, de décentration visent à évacuer les effets destructeurs de choses difficiles à vivre, mais qui restent dans le champ de conscience (nous ne nous donnons pas le droit, c’est notre responsabilité, etc.) l’élimination au contraire apprend au cerveau à rejeter sans discussion hors du champ de conscience. C’est le non ! le refus, la porte qui se ferme, comme nous l’avons déjà appris dans la relaxation pour établir le contrôle.

L’exercice des objets que l’on déplace, ou du ballon vont établir l’habitude de faire place nette lorsque la raison, le bon sens nous y poussent.

Dr Rosie Bruston.

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