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icone écrit par : Annick Leca
icone écrit par : Michel Liégeois

Le Dr Bour était psychiatre et a travaillé avec la fondatrice de Vittoz IRDC : le Dr Rosie Bruston.

Texte tiré de « La psychothérapie de synthèse et de reconstruction. La Méthode Vittoz », du Dr Pierre Bour.


Encyclopédie médico-chirurgicale-psychiatrie, 1957.

Le mérite de Roger Vittoz de Lausanne, 1863-1925, fut à l’époque de la psychanalyse d’avoir mis l’accent sur l’importance du cerveau conscient dans le rétablissement des névroses.

Vittoz a très peu écrit et la méthode qu’il a préconisée repose surtout sur un empirisme, mais elle contient d’excellentes attitudes pratiques qui sont tout à fait originales vis-à-vis du névrosé et qui résultent de l’apprentissage de notre propre réceptivité.

Les techniques de psychomotricité attachant une grande importance au côté réceptif pourront donc s’en inspirer.

Lorsque Vittoz recevait dans son cabinet un malade qui lui exposait ses problèmes, il lui faisait prendre conscience de sa position assise, plaçait le rebord cubital de sa main sur son front, attendait qu’il se taise puis l’habituait à toucher un objet, à suivre un bruit, à regarder une tache colorée, à respirer consciemment, à sentir son pied droit, puis son pied gauche. Le sujet se détendait malgré lui et s’il avait présenté au cours des exercices quelques distractions Vittoz le reprenait sans l’avoir interrogé, ni avoir répliqué à ses nombreuses questions. Vittoz essayait de lui apprendre à sentir l’objet de façon plus consciente et plus élémentaire au lieu de le conceptualiser. Il croyait à la valeur curative de la réceptivité et n’invitait jamais un cerveau perturbé à penser, ce qui eut été pour lui l’équivalent à utiliser un instrument désaccordé.

Les principes de base

Le type du dérèglement cérébral auquel Vittoz applique ses exercices et surtout la « psychasthénie », qu’il rattache à un défaut de connexion entre le cerveau conscient et le cerveau inconscient.

Ses patients ont un décrochage de la vie pratique, un malaise où dominent tantôt l’inattention, tantôt l’anxiété, tantôt la fatigue, tantôt l’instabilité, selon l’expression chère à Vittoz « le vagabondage cérébral ».

Il s’agit donc pour lui de rétablir le trait d’union entre l’activité consciente et inconsciente du cerveau en vue d’assurer à la fois son unité, son équilibre. Celui-ci supposant que chaque idée, impression, sensation puisse être à volonté jugée, modifiée, écartée. Tel est le sens de sa rééducation du contrôle cérébral. La conscience vraie n’est jamais floue et exclut toute incertitude.

Technique de la méthode

Cette rééducation patiente du contrôle, qui permettra au cerveau, toujours occupé à quelque chose de -défini, de s’angoisser de moins en moins, suit une progression pyramidale. Elle débute par les actes les plus simples, qui consistent à percevoir les impressions sensorielles élémentaires du monde ambiant, pour aboutir à l’acte de volonté « senti » pleinement conscient en passant par les sensations internes et le contrôle des images mentales des états et de l’ « émissivité ».

La réception sensorielle

Plus la sensation nous paraît pure et simple, dépouillée d’idée, un peu comme elle arrive à la conscience de l’enfant au réveil, plus elle est nourrissante pour notre appareil nerveux récepteur. Alors Vittoz propose d’exercer le toucher, les yeux clos en exerçant en premier lieu le contact avec l’objet, lisse ou rugueux, chaud ou froid, mou ou dur ; de même l’ouïe : le sujet écoutera si possible un son naturel, oiseau ou pluie, ou encore le tic-tac d’une montre, le métronome, ou même dans le brouillage des rumeurs d’une ville s’attachera à suivre un seul bruit à la fois qui, devenu conscient, perdra ce caractère irritant. Dans le même esprit, la vue consciente portera sur un objet simple, revu globalement, sans fixation, sans conceptualisation intempestive. De même pour l’odeur et le goût. Chaque sensation occupant le champ de la conscience sera brève ; précise, souple, non adhésive, et le sujet passant de l’une à l’autre se dispensera de cogiter. Il s’agit de susciter un état de conscience et non un état de connaissance.

Cet état de conscience entraîne immédiatement chez le malade un état de détente qui progresse avec l’entraînement à la réceptivité.

Réceptivité interne (cénesthésique ou kinesthésique)

Vittoz invite à recevoir consciemment les sensations provenant de notre propre corps. Les malades en prenant conscience de leurs cénesthésies musculaires et viscérales pourront rentrer progressivement dans leur peau.

A la différence de la méthode de Schultz, où l’induction précède et prépare les sensations « lourdeur et chaleur », ici c’est directement le malade qui va laisser venir à lui la sensation sans la moindre concentration dans une posture d’accueil. On retrouve ici les mêmes principes que ceux utilisés dans le yoga et dans beaucoup de gymnastiques qui proposent l’attention au corps comme moyen de détente.

La réceptivité consciente s’adresse également à la respiration, pierre angulaire de toute rééducation de la réceptivité. La respiration peut être exercée consciemment selon trois modes principaux. La respiration sentie, poursuivie sans effort à son rythme habituel. La respiration rythmée et sentie, un peu plus ample en quatre temps : inspiration nasale (3 temps), arrêt (2 temps), expiration buccale (3 temps), arrêt (2 temps), enfin principalement le grand souffle de détente : inspiration sentie, profonde, régulière, et bien à fond par le nez, temps d’arrêt bien net bouche fermée, expiration lente et régulière par la bouche, vidant le thorax avec prise de sensation du corps entier jusqu’aux extrémités des pieds.

Enfin la marche consciente

Le sujet percevra le contact du pied reposant sur le sol, le mouvement des genoux, des jambes, le balancement des bras, etc.

A côté de ces exercices systématiques pratiqués dix minutes matin et soir, les meilleurs actes conscients lie réceptivité sont ceux de la vie courante, ouvrir, fermer une porte, se débarbouiller, s’appliquer sensoriellement à la préparation d’un plat cuisiné, etc.

Emissivité

Ainsi n’est-ce qu’une terre corporelle, abreuvée à la faveur d’une réceptivité sainement maîtrisée, que très sagement Vittoz éveillera aux premiers exercices conscients d’émissivité contrôlée. Il s’agit ici de la faculté qu’acquiert le sujet de rassembler son énergie psychique pour en investir tel ou tel point de son propre corps, élaborer telle image mentale, poser tel acte volontaire. Cette énergie toujours présente réclame au sujet pour ne pas se disperser une qualité dominante : la concentration qui permet son application en un point net et unique.

Les courants font converger notre énergie psychique sur telle ou telle partie de notre corps. Tous nos organes ont besoin de vivre. Dans les exercices, systématiques le sujet concentrera son attention et son influx sur tel membre, le parcourant de sa racine à son extrémité, etc. L’accroissement de vitalité résultant de cet investissement - fonction de la vaso-dilatation réactionnelle rejoint intuitivement, ici de façon précursive, les données physiologiques qui ont connu dans les méthodes de relaxation un développement considérable.

-  Les images mentales qui nous intéressent ici ne sont pas celles qui s’imposent au sujet, incontrôlées, parasitant malgré lui le champ de sa conscience, ou pouvant atteindre la nocivité des clichés ou d’idées fixes incrustées comme autant de calcifications psychologiques dans les couches profondes inconscientes du psychisme. Vittoz n’essaiera pas d’en démontrer le mécanisme et encore moins de les contrecarrer intellectuellement, mais de chercher avant de les éliminer d’en implanter d’autres parfaitement simples, saines et claires.

Ainsi comme images visuelles il propose le signe de (infini, la spirale, le triangle, la clef de sol, que le sujet tracera mentalement et le plus régulièrement possible les yeux fermés.

-  Les états : Dans un stade plus avancé le malade devient à même de contrôler ses idées, à condition toutefois qu’il s’agisse d’idées senties ; en effet, Vittoz remarque : « Il est absolument certain que (idée la meilleure n’a jamais été d’action durable chez un incontrôlé, il faut d’abord des actes sentis et contrôlés et encore des actes jusqu’à ce que, (habitude aidant, la normalité des idées ne soit plus que le corollaire, pour ainsi dire obligé, de la normalité des actes. Ainsi est-ce plutôt sur des états de calme, d’énergie et de contrôle, qu’il exerce la concentration du sujet. Ces états pouvant d’ailleurs être induits par des souvenirs de détente totale dans la nature.

La rééducation de la volonté

Elle procédera, là encore, d’un acte senti. Vittoz distingue dans le vouloir le désir, l’intention, la décision, précisant les conditions propices à chaque phase de cet acte conscient.

1- Je suis conscient de désirer sincèrement vouloir.

2- L’acte précis (et unique) que je me propose de faire volontairement à tel moment est certainement possible : je sais ce que je veux.

3- J’ai décidé consciemment de le faire.

4- J’exécute cet acte consciemment à l’heure dite.

La méthode de Vittoz a toujours des indications. Bon nombre de sujets dits normaux, surmenés, instables ou légèrement déséquilibrés qui « regardent sans voir et écoutent sans entendre », auraient bien du bénéfice à tirer de cette hygiène de la vie psychique liée à cet apprentissage de la réceptivité qui ne met jamais en défaut l’adage hippocratique : Primum non nocere.

Les indications psychiatriques de la méthode sont multiples et précises la psychasténie, l’anxiété mineure, certaines dépressions réactionnelles, l’instabilité caractérielle, les scrupules, les phobies légères, certaines insomnies névrotiques et quelques manifestations psychotiques. La méthode peut, à elle seule, apporter un soulagement immédiat et conduire progressivement à un rétablissement du contrôle, voire une stabilisation durable des malades susceptibles de la suivre jusqu’au bout.

Par ailleurs, si la méthode n’est pas accessible à la phase aiguë des névroses anxieuses ou obsessionnelles ou des psychoses, elle peut rendre service à la convalescence de ces affections, par exemple au cours d’un épisode confuso-onirique.

Dans son application collective en dynamique de groupe de type cathartique avec des schizophrènes, soit au psychodrame avec les névrosés, le recours au concret à la faveur d’acte de réceptivité consciente peut représenter, dans les moments de tension, un facteur non négligeable de contrôle des réactions affectives (Bour).

La place de la méthode parmi les autres psychothérapies tient non seulement au fait que, mettant l’accent sur le cerveau conscient, elle sert de complément aux méthodes analytiques ou cathartiques d’exploration ou de mobilisation de l’inconscient, mais sa spécificité est directement liée à l’objectif original sur lequel son édifice est centré, à savoir développer la réceptivité.

Or, dans toutes les méthodes d’éducation et de rééducation psychomotrice, et même de thérapie psychomotrice, le problème de la réceptivité, de l’entraînement de la sensibilité, qu’elle soit kinesthésique, cénesthésique, intérieure ou au contraire en liaison : avec le monde extérieur, est absolument essentiel. II s’agit de rendre le sujet conscient, donc capable d’organiser toute cette réceptivité et beaucoup des attitudes proposées par Vittoz sont à la base de bien des considérations aboutissant aux techniques de méthodes de psychomotricité actuelles. Elles se retrouvent dans les techniques du passé : yoga, taï chi dont l’efficacité sur l’entraînement à la concentration, (acquisition de la détente et l’effet anxiolytique) repose sur les mêmes données.

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